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Haydn (1732-1809), Mozart (1756-1791) et Schubert (1797-1828) vont porter très haut l’art du quatuor à cordes qui devient au tournant des âges classique et romantique une des plus belles formations de musique de chambre. Tout d’abord un Mozart en 1783, après avoir découvert l’œuvre de Bach et de Haendel, compose dans l’allégresse divine de la lumineuse tonalité ternaire de Mib M. le 3ème en date mais classé 4ème des quatuors qu’il dédie à son cher ami et altiste comme lui, Joseph Haydn. Et c’est cette insouciance de la jeunesse que Mozart nous balade avec malice, charme et fraîcheur dans un Allegro non troppo initial mouvant, puis un Andante con moto d’une rare élégance où les quatre cordes dessinent le génie du compositeur autrichien. Premiers tourments de l’âme dans le trio d’un court Menuet et nous enchaînons sur un Allegro vivaceMozart affirme un classicisme viennois d’une brillante virtuosité pour le premier violon. Six ans après la disparition de l’ami Wolfgang, le complice Joseph Haydn, alors qu’il achève son grand œuvre, l’oratorio La Création, n’a plus rien à prouver dans l’écriture du quatuor dont il a fixé la forme moderne. En 1797, il se souvient de l’ami disparu et comme en miroir compose six quatuors restés célèbres dont « l’Empereur ». Ce quatuor s’ouvre par un Allegro initial en Do M., noblesse de la  tonalité qui annonce un Poco adagio cantabile, variations de Haydn de son propre hymne Gott erhalte Franz den Kaiser commande de l’Empereur Franz II d’Autriche qui, ironie du sort deviendra l’hymne de l’Allemagne contemporaine ! Le Menuetto sera la citation mozartienne d’une jeunesse perdue avant que Haydn ne nous questionne et accroisse le champ des possibles du romantisme avec un Presto final convoquant une chevauchée d’une noirceur sans pareille. Alors la porte est ouverte pour que Franz Schubert, 27 ans plus tard en 1824, alors que la maladie le ronge, reconvoque la Mort qu’il avait mise en lied 7 ans sur un poème de Matthias Claudius : « Donne-moi la main, douce et belle créature ! Je suis ton amie, tu n‘as rien à craindre. Laisse-toi faire ! N‘aie pas peur, Viens doucement dormir dans mes bras ! ». Ce quatuor La Jeune Fille et la Mort reste comme un chef-d’œuvre absolu de l’histoire de la musique et au-delà des variations diaphanes du second mouvement Andante con moto, Schubert, dès l’Allegro initial, pose le décor d’un geste unique qui atteindra le climax d’une danse macabre, passant de la valse triste du Scherzo à la tarentelle tragique du Presto final. Sous les cordes assérées des jeunes filles du Quatuor Mycélium, telles des parques contemporaines nous tenant en haleine à la limite de la suffocation, Franz Schubert fait résonner en nous la sentence originelle de l’adieu au jardin d’Eden, qui en ces temps de guerre, ne cesse de résonner : « car tu es poussière et tu retourneras en poussière »...

Quatuor Mycélium

Minori Deguchi,

violon

Sophie Pieraggi,

violon

Jeanne-Marie Raffner,

alto

Maguelonne Carnus-Gourgues,

violoncelle

Chapelle de

l'Hôtel-Dieu

Quand

ven. 23 septembre

Wolfgang Amadeus Mozart > 1756-1791

4ème quatuor dédié à Haydn en Mib M. op.10 K.428 | Vienne, juillet 1783 – janvier 1784

Allegro non troppo | Andante con moto | Menuet | Allegro vivace

Joseph Haydn > 1732-1809

Quatuor Erdödy en Ut M. op.76 n°3 Hob.III.77 – dit L’Empereur | Vienne, 1797

Allegro | Poco adagio cantabile| Menuetto | Allegro ma non troppo

Franz Schubert > 1797-1828

Quatuor en ré m. D.810 – La Jeune Fille et la Mort | Vienne, mars 1824 – 29 janvier 1826

Allegro | Andante con moto | Scherzo | Presto